Prospecter en B2B dans les règles : ce que dit vraiment la CNIL
C'est la peur qui bloque le premier email. Elle repose presque toujours sur une confusion : les règles du démarchage des particuliers ne sont pas celles du démarchage des professionnels. Voici les secondes, avec les textes en face.
Mis à jour le 28 août 2026
En bref
En France, démarcher un professionnel par email n'exige pas son consentement préalable. La CNIL écrit que la prospection à l'égard de professionnels « peut être fondée sur l'intérêt légitime de l'organisme lorsque l'objet de la sollicitation est en rapport avec la profession de la personne démarchée ». C'est la base légale prévue à l'article 6.1.f du RGPD.
La contrepartie tient en trois obligations : informer la personne, lui offrir dans chaque message un moyen simple de refuser de nouvelles sollicitations, et cesser de la prospecter dès qu'elle s'y oppose. S'y ajoute une durée : le référentiel de la CNIL sur la gestion des activités commerciales retient trois ans à compter de la collecte des données, ou du dernier contact émanant du prospect.
Cette page explique la règle et renvoie aux textes. Elle ne remplace pas l'avis d'un juriste, et personne ne peut te promettre une immunité.
La confusion qui bloque tout le monde
Presque tous les exploitants qui hésitent à envoyer leur premier email ont en tête une règle réelle, mais qui ne les concerne pas : celle du démarchage des particuliers. Pour un particulier, la publicité par voie électronique suppose un accord donné avant, par une action positive et spécifique. Une case à cocher dédiée, jamais pré-cochée, et l'acceptation de conditions générales ne suffit pas. La CNIL y prévoit deux exceptions, qui ne concernent pas un premier message à froid : la personne est déjà cliente et la sollicitation porte sur des produits ou services similaires, ou la sollicitation n'est pas de nature commerciale.
Pour un professionnel contacté sur son adresse professionnelle, le régime est différent. Le point de bascule n'est pas l'accord préalable, c'est le lien entre ce que tu proposes et ce que la personne fait dans son entreprise. La CNIL donne son propre exemple : un appel présentant les mérites d'un logiciel au directeur informatique d'une entreprise.
| Particulier (B2C) | Professionnel (B2B) | |
|---|---|---|
| Avant le premier message | Consentement préalable, libre, spécifique, éclairé et univoque. Deux exceptions : client existant sollicité sur des produits similaires, ou sollicitation non commerciale. | Pas de consentement préalable. La prospection peut reposer sur l'intérêt légitime. |
| Ce qui rend l'envoi licite | L'accord donné à l'avance par la personne. | Le rapport entre l'objet de la sollicitation et la profession de la personne démarchée. |
| Information de la personne | Obligatoire. | Obligatoire. Y compris quand les coordonnées viennent d'un tiers. |
| Moyen simple de refuser, dans chaque message | Obligatoire. | Obligatoire. C'est la contrepartie de l'absence de consentement préalable. |
| Droit d'opposition | À tout moment. | À tout moment. L'opposition arrête le traitement à des fins de prospection. |
Concrètement, pour un lieu de loisirs : proposer une soirée d'équipe à la personne qui organise les événements internes d'une entreprise de deux cents salariés, c'est du B2B en rapport avec sa fonction. Envoyer la même offre à une adresse personnelle récupérée quelque part, c'est du B2C sans consentement, et là tu es en faute.
Les quatre obligations, dans l'ordre où elles te tombent dessus
1. Vérifier que le message a un rapport avec la fonction. C'est la condition qui porte tout le reste. Elle se teste avec une question simple : est-ce que cette personne, dans son travail, a une raison de s'intéresser à ça ? Un responsable des ressources humaines, un office manager ou un élu du comité social et économique ont un budget et un mandat pour organiser des moments d'équipe. Un comptable qui n'a rien à voir avec ce sujet, non. Le ciblage n'est pas seulement une question d'efficacité, c'est ici la condition de licéité.
2. Informer la personne. Quand les données ne viennent pas de la personne elle-même, ce qui est le cas de toute prospection sortante, l'article 14 du RGPD impose de l'informer « au plus tard au moment de la première communication à ladite personne », et cette information inclut « la source d'où proviennent les données à caractère personnel ». En clair : dire d'où tu tiens ses coordonnées et vers quelle politique de confidentialité elle peut se tourner. Deux lignes en bas du message suffisent.
3. Permettre le refus, à chaque envoi. La CNIL est explicite : chaque sollicitation doit permettre à la personne « de prendre connaissance de l'identité de l'organisation qui l'émet ainsi que d'exprimer, si elle le souhaite et par un moyen simple, son refus de recevoir de nouvelles sollicitations ». Le lien de désinscription n'est donc pas une politesse de marketeur, c'est l'obligation elle-même. Le RGPD ajoute que ce droit doit être « explicitement porté à l'attention de la personne concernée » et présenté « clairement et séparément de toute autre information ».
4. Respecter l'opposition, définitivement. L'article 21 du RGPD ne laisse aucune marge sur ce point : « Lorsque la personne concernée s'oppose au traitement à des fins de prospection, les données à caractère personnel ne sont plus traitées à ces fins. » Pas de relance « au cas où », pas de nouvelle campagne six mois plus tard. C'est la seule règle de cette page dont le non-respect est visible de l'extérieur, et donc la plus facile à te reprocher.
Trois ans, et le compteur repart quand le prospect bouge
La durée de conservation est l'obligation la plus oubliée, parce qu'elle ne se voit jamais au moment de l'envoi. Le référentiel de la CNIL relatif aux traitements mis en œuvre aux fins de gestion des activités commerciales pose la règle pour un contact qui n'est jamais devenu client : les données « peuvent être conservées pendant un délai de trois ans à compter de leur collecte par le responsable de traitement ou du dernier contact émanant du prospect ».
Le même texte précise ce qui compte comme contact, et c'est plus restrictif qu'on ne l'imagine : une demande de documentation ou un clic sur un lien, oui ; « en revanche, la simple ouverture d'un courriel ne devrait pas être considérée comme un contact émanant du prospect ». Un contact qui ouvre tes messages sans jamais y réagir ne remet donc pas le compteur à zéro.
Au terme des trois ans, le référentiel indique que tu peux reprendre contact pour demander à la personne si elle souhaite continuer à recevoir des sollicitations. Sans réponse positive et explicite, il faut supprimer les données ou les archiver. Ce sont des durées recommandées par la doctrine de la CNIL : tu peux t'en éloigner, à condition de documenter ton choix.
Le cas des adresses contact@ et info@
Il existe une catégorie d'adresses qui sort du cadre. La CNIL l'écrit noir sur blanc : « Les adresses génériques de type info[@]nomsociete.fr, contact[@]nomsociete.fr ou commande[@]nomsociete.fr, qui concernent de personnes morales, ne sont pas soumises aux principes rappelés ci-dessus. » La logique est simple : derrière une adresse de rôle, il n'y a pas de personne physique identifiée, donc pas de donnée personnelle.
Deux raisons de ne pas en faire une stratégie. La première est juridique : dès que tu écris à une personne nommée, y compris sur une adresse d'entreprise du type prenom.nom@societe.fr, tu es revenu dans le cadre complet. La seconde est commerciale : une boîte générique est relevée par quelqu'un qui n'a ni le budget ni le mandat pour organiser un séminaire. Tu gagnes une exemption et tu perds ta vente.
Ce que slotup fait, et ce qui reste à ta charge
La répartition compte, parce qu'elle détermine qui répond en cas de réclamation. Tu es responsable de traitement : c'est toi qui décides qui contacter et ce que tu leur dis. slotup est sous-traitant au sens de l'article 28 du RGPD. Le tableau ci-dessous inclut donc aussi ce que le produit ne fait pas.
| Obligation | Ce que slotup fait | Ce qui reste à toi |
|---|---|---|
| Rester en B2B | Le moteur ne cherche que des entreprises et des fonctions, jamais des particuliers. | Vérifier que ton offre a un rapport avec le poste de la personne. C'est un jugement, pas un filtre. |
| Moyen simple de refuser | Un lien de désinscription en pied de chaque message, plus les en-têtes List-Unsubscribe et List-Unsubscribe-Post qui allument le bouton natif de Gmail et d'Outlook. | Rien. C'est posé automatiquement sur chaque envoi de séquence. |
| Respecter l'opposition | Une liste de suppression consultée avant chaque envoi. Une désinscription, un rebond permanent signalé par le fournisseur d'envoi ou une plainte pour spam y entrent et n'en sortent pas. Une adresse supprimée n'est plus jamais recontactée depuis ton compte. | Ajouter toi-même l'adresse quand un prospect te répond « arrêtez » : la lecture automatique des réponses est écrite mais pas encore activée en production. |
| Identité de l'expéditeur | Les messages partent au nom de ton lieu, depuis un sous-domaine d'envoi dédié, et les réponses reviennent chez toi. | Que ton enseigne soit reconnaissable dans le champ expéditeur. |
| Informer la personne | Rien d'automatique. Le pied de message ne porte que le lien de désinscription, pas de mention d'origine des données. | Ajouter dans ton message d'où tu tiens ses coordonnées et un lien vers ta politique de confidentialité. |
| Valider avant d'envoyer | Aucune séquence ne part sans que tu l'aies relue et validée. Sur LinkedIn, slotup rédige et tu envoies toi-même. | La relire vraiment. Ce qui part porte ton nom. |
| Durée de conservation | Aucune suppression automatique à ce jour. Un prospect reste dans ton pipeline tant que tu ne le retires pas. | Faire le ménage, en te calant sur les trois ans du référentiel CNIL. |
| Contrat de sous-traitance | Pas de parcours de signature en ligne. Le contrat existe et se demande à hello@slotup.fr. | Le demander, et le conserver avec tes registres. |
| Hébergement | Base de données et authentification chez Supabase, en Union européenne. | Savoir que certains sous-traitants, notamment Stripe et Anthropic, peuvent traiter des données hors UE sous clauses contractuelles types. |
Le détail des sous-traitants, des durées et des droits est dans la politique de confidentialité. Si un point de ce tableau devient faux, c'est cette page qui doit changer, pas la réalité qu'on arrondit.
Dernier point, et il vaut d'être dit clairement : la base légale ne dépend pas de l'outil. Que tu envoies depuis slotup, depuis un outil généraliste comme Lemlist ou depuis ta propre boîte, c'est l'intérêt légitime dans les deux cas, et c'est toi qui réponds. Un logiciel peut te rendre les gestes plus faciles, il ne prend pas ta place.
Une fois la peur juridique levée
La conformité n'est pas la question difficile. La question difficile arrive juste après : à qui écrire, quoi lui proposer, et à quel prix. Les guides par activité traitent le message métier par métier, et le comparatif abonnement ou commission traite ce que ça te coûte selon le modèle choisi.
Et si tu hésites encore à t'y mettre, regarde d'abord le problème plutôt que la solution : les taux de remplissage du secteur montrent l'écart entre le week-end et la semaine, et le calculateur de créneaux vides chiffre ce que cet écart te coûte sur une année, à partir de tes propres horaires.
Questions fréquentes
J'ai besoin de l'accord des gens avant de leur envoyer un email ?
Pas s'il s'agit de professionnels contactés sur leur adresse professionnelle. La CNIL indique que la prospection à l'égard de professionnels peut être fondée sur l'intérêt légitime de l'organisme, à condition que l'objet de la sollicitation soit en rapport avec la profession de la personne démarchée. Le consentement préalable, lui, s'applique aux particuliers. En contrepartie, la personne doit être informée et pouvoir s'opposer simplement, à tout moment.
Où j'ai le droit de trouver les adresses ?
Le RGPD n'interdit pas d'obtenir des coordonnées auprès de tiers ou de sources publiques. Il ajoute une obligation : quand les données ne viennent pas de la personne elle-même, l'article 14 impose de l'informer, au plus tard au moment de la première communication avec elle, et de lui dire d'où viennent ses données. C'est donc une ligne à écrire dans ton premier message, pas un motif de s'interdire une source.
Écrire à contact@ ou info@, ça change quelque chose ?
Oui. La CNIL précise que les adresses génériques de type info@nomsociete.fr ou contact@nomsociete.fr concernent des personnes morales et ne sont pas soumises aux principes rappelés pour la prospection. Attention au raccourci : dès que tu écris à une personne identifiée, même sur une adresse d'entreprise, tu traites une donnée personnelle et les règles reviennent en entier.
Combien de temps je peux garder un contact que je n'ai jamais eu au téléphone ?
Le référentiel de la CNIL sur la gestion des activités commerciales retient trois ans à compter de la collecte des données ou du dernier contact émanant du prospect. Il précise qu'une demande de documentation ou un clic sur un lien compte comme un contact, mais que la simple ouverture d'un courriel ne devrait pas être considérée comme tel. Au terme de ce délai, tu peux reprendre contact pour demander à la personne si elle souhaite continuer à recevoir des sollicitations ; en l'absence de réponse positive et explicite, il faut supprimer les données ou les archiver.
Si quelqu'un me demande d'arrêter, je dois le supprimer ?
Tu dois au minimum cesser de le prospecter. L'article 21 du RGPD prévoit qu'en cas d'opposition à un traitement à des fins de prospection, les données ne sont plus traitées à ces fins. En pratique, garder l'adresse dans une liste de suppression est plus sûr que de l'effacer : une adresse effacée peut revenir dans ta prochaine recherche et se faire recontacter par accident.
Qui est responsable si ça se passe mal, slotup ou moi ?
Toi. Tu es responsable de traitement : c'est toi qui décides qui contacter et ce que tu leur dis. slotup est sous-traitant au sens de l'article 28 du RGPD, il traite pour ton compte et selon tes instructions. Le contrat de sous-traitance se demande à hello@slotup.fr. Aucun outil, slotup compris, ne peut te vendre une immunité.
Sources
Toutes les citations entre guillemets de cette page sont des extraits littéraux des textes ci-dessous, consultés le 28 août 2026.
- CNIL, La prospection commerciale par courrier électronique, SMS-MMS et automate d'appel (mise à jour affichée : 10 juin 2026). Régime B2C et B2B, adresses génériques, obligation de refus simple.
- CNIL, Référentiel relatif aux traitements mis en œuvre aux fins de gestion des activités commerciales (PDF) Délibération n° 2021-131 du 23 septembre 2021. Durées de conservation et sous-traitance.
- Texte du RGPD, chapitre 2 (article 6, licéité du traitement) publié par la CNIL.
- Texte du RGPD, chapitre 3 (articles 14 et 21, information et opposition) publié par la CNIL.
Cette page est une explication de la règle, pas une consultation juridique. En cas de doute sur ta situation, la source fait foi et un avocat tranche.